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Blockchain, une nouvelle ère économique

La blockchain — qui est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée et décentralisée — a le pouvoir de changer notre rapport à l’économie. La question de viabilité du système actuel se pose de plus en plus. La notion de dette est également centrale, non seulement dans notre modèle économique, mais également depuis le début de l’histoire de l’humanité. La blockchain pourrait être la réponse à ce changement de paradigme.

Une histoire de la dette

Sur la blockchain, il n’est pas possible d’avoir un solde négatif. Pour prendre l’exemple du Bitcoin, il ne pourra jamais y avoir plus de 21 millions d’unités. De facto, cela supprime la possibilité de dette dans le sens large du terme. Bien sûr, il est déjà possible de faire des emprunts en Bitcoin en dehors de la France, mais le créditeur ne pourra pas créer des Bitcoins ex nihilo contrairement à la monnaie fiduciaire que nous utilisons quotidiennement.
La dette est ancrée dans nos usages depuis le début de l’histoire de l’humanité. Économiquement bien sûr, avant même la création des pièces de monnaie. Mais également écologiquement. Lorsqu’une population avait épuisé toutes les ressources de sa zone géographique, alors elle migrait. C’est donc là un défi propre à la condition humaine qu’il convient de relever.

Les premiers pas

Les initiatives sont nombreuses, certaines en phase de transition avec ce qui existe déjà. À l’image des monnaies locales non soutenues par le gouvernement et ayant pour objectif de revaloriser l’économie à l’échelle d’une ville par exemple. La naissance du Poi en est une conséquence logique. C’est une cryptomonnaie qui évolue dans un environnement décentralisé permettant l’évaluation des comportements positifs, quels qu’ils soient, afin de donner un nouveau souffle à l’économie d’impact, la faisant ainsi rentrer dans une nouvelle ère.

Conscient des enjeux de demain et des limites du système actuel, Allan Floury, fondateur du Poi, dénote 4 caractéristiques fondamentales pour engranger une économie d’impact résistante :

 

  • Apporter accès et transparence à l’information afin que la population ait connaissance des initiatives existantes et sache s’y retrouver aisément.
  • Mesurer son impact sur les actes quotidiens afin de permettre à la population de s’émanciper pour un gain en autonomie et une maîtrise de ceux-ci.
  • Redistribuer la valeur acquise pour casser la figure dominante de quelques-uns possédant tout et d’une majorité ne possédant rien.
  • Adopter une gouvernance partagée en impliquant chaque personne dans le cadre d’un but commun, évolutif et contributif.

 

Certains de ces points étaient impossibles à réaliser techniquement jusqu’à l’arrivée de la blockchain. Celle-ci ouvre une nouvelle voie pour une économie locale et résiliente.

 

De l’autre côté du monde

Les grands groupes et banques ne sont pas en reste. Malgré une presse très critique et majoritairement défavorable ces dernières années, quelques acteurs ont compris l’énorme enjeu économique de la blockchain. C’est le cas notamment de la Société Générale qui a émis des obligations bancaires sur Ethereum en les tokénisants.

Un smart contract, un token, une cryptomonnaie, c’est fondamentalement la même chose. C’est l’utilisation qui en est faite qui va définir le nom d’usage qui lui sera donné.
Tokénisé un actif revient dans notre cas de figure à mettre une obligation sur un smart contract de la blockchain Ethereum. Cela permet de nombreuses choses, telles que la certification des titres, leur dématérialisation, leur flexibilité, leur sécurisation pour ne citer que ces quelques avantages. La nature intrinsèque de la blockchain permet de réaliser des prouesses technologiques et cette banque l’a bien compris. La blockchain est le fer de lance pour le commerce international de demain.

Là où la Société Générale devance ses concurrents, c’est qu’elle fait usage d’une blockchain publique ! Les banques ou grandes entreprises du type Carrefour qui se sont essayés à la blockchain ces deux dernières années, l’ont fait avec des blockchains semi-privées ou privées. Certes, on y retrouve nombre d’avantages de cette technologie, sauf le côté sécuritaire. En effet, sans de nombreux nœuds de validation, la garantie d’inviolabilité propre à la blockchain est grandement mise à mal et devient beaucoup plus facilement altérable, ne pouvant ainsi servir au mieux qu’à un usage interne.

Traversée du Styx

Début mai de cette année, The Wall Street Journal a dévoilé que le plus grand réseau social du monde comptait mettre en place une cryptomonnaie sous le nom de code Libra. Facebook a officiellement annoncé l’arrivée de ce projet, une vingtaine de jours plus tard de son vrai nom, GlobalCoin, prévu pour le premier trimestre 2020.
L’objectif de ce projet est de faire de cette cryptomonnaie un stablecoin qui apportera aux populations dé-bancarisées à travers le monde des services financiers de base. Afin de ne pas étouffer dans l’œuf ce projet, Mark Zuckerberg a déjà commencé à prendre ses dispositions en rencontrant quelques acteurs clefs pouvant l’accompagner dans cette voie.

Le hic, c’est qu’entre les fuites de données de millions d’utilisateurs avec l’affaire Cambridge Analytica en 2018 ou encore les 540 millions d’utilisateurs impactés cette année, le doute peut s’immiscer quant à la nature d’un projet aussi ambitieux.
Cela n’est pas non plus sans rappeler que Facebook voulait l’accès gratuit à internet pour tous les humains. Dans des pays comme le Togo, il y a bien cet internet. Il est limité à une centaine de sites, tous scrupuleusement sélectionnés par le géant. On sent comme l’odeur d’une arnaque. Suite à l’annonce de ce nouveau projet d’envergure, quelques malins se sont amusés sur Twitter.

Bien que Facebook soit critiquable sur de nombreux points, il reste néanmoins un énorme vivier d’expérimentation avec un volume de plus 2 milliards d’utilisateurs. Ce lancement va probablement finir de démocratiser auprès de la population un des premiers usages de la blockchain, les cryptomonnaies, propulsant ainsi le monde vers un regard nouveau sur l’économie.

Cette année a été riche pour la blockchain. Sa popularité s’accroît de jour en jour. Excel a intégré le symbole ₿. Les plus récents smartphones voient leur clavier doté de ce même symbole. Il y a des signes qui ne trompent pas, une adoption massive est imminente. La seule vraie question qui reste en suspens, c’est la régulation. Celle-ci n’est pas encore très claire. Lorsqu’une branche aussi importante que l’économie commence à prendre part dans l’un des usages de la blockchain sans attendre l’aval des gouvernements et institutions, alors de grands changements deviennent possibles. Une nouvelle ère économique serait-elle déjà en marche ?