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informatique femme

L’informatique serait-elle un métier d’homme ?

On a tendance à penser que l’informatique est l’apanage des hommes. Avec 33 % seulement de femmes dans les secteurs du numérique, la proportion féminine est nettement sous représentée. Et si cela n’avait pas toujours été le cas ? À l’occasion de la journée de la femme qui se tenait le 8 mars, on se pose la question des enjeux de la féminisation dans les métiers de l’informatique.

 

Les femmes en minorité

Il n’y a pas que dans le domaine de l’informatique que les femmes sont sous-représentées. De façon plus générale, les filières scientifiques ne sont pas réellement convoitées par elles. 28 %, c’est le pourcentage d’entre elles suivant une formation dans les domaines scientifiques, d’après une étude de la Société des ingénieurs et scientifiques de France (IESF). Cependant, dans les autres filières scientifiques et techniques, la part des femmes a tendance à augmenter progressivement, d’après Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation à l’université de Genève, augmentant ainsi de 5 % en 1972 à 26 % en 2010 (source : Le Monde). Mais au sein du domaine de l’informatique, la proportion de femmes serait en nette régression : si elles constituent 33 % des salariés du numérique, elles sont encore plus sous-représentées (20 %) dans les « cœurs de métiers » dit techniques selon l’étude de février 2016 réalisée pour le compte de l’OPIIEC (Observatoire Paritaire des Métiers du Numérique, de l’Ingénierie, des Etudes et du Conseil et des métiers de l’évènement) et relayée par le Syntec Numérique. Non seulement les femmes ne sont pas nombreuses dans ce secteur, mais en plus cela tendrait même à diminuer encore davantage (diminution de moitié en 20 ans). Quelle est la cause de cette disproportion ?

 

Et pourtant : ces pionnières de l’informatique

Au final, l’informatique, est-ce un métier si masculin qu’on se le représente ? Si l’on se penche sur les chiffres et l’histoire des débuts de l’informatique, force est de constater que ce déséquilibre n’a pas toujours été observé. Et pour cause : de 1972 à 1985, l’informatique était la deuxième filière comportant le plus de femmes ingénieures au sein des formations techniques selon le même rapport de l’OPIIEC. Frances Allen, Adele Goldberg, Ada Lovelace, Grace Hopper, autant de noms de femmes oubliées de l’histoire qui ont contribué à façonner le monde de l’informatique tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Parmi les premiers programmeurs figuraient de nombreuses programmeuses et avant l’apparition du micro-ordinateur, le nombre de femmes étudiant l’informatique augmentait plus rapidement que le nombre d’hommes (comme le montre très explicitement ce graphique), jusqu’à un revirement de situation en 1984 ayant pour cause plusieurs facteurs. Cette période correspondrait avec l’apparition des premiers ordinateurs au sein des foyers. Les hommes ont alors été la cible de ces nouveaux ordinateurs domestiques, considérés davantage comme de simples jouets. Un mélange de marketing, de représentations stéréotypées et genrées, avec la naissance de l’image du « geek ». Voilà ce qu’il a fallu à la société pour écarter les femmes d’un domaine à présent en plein essor.

 

La féminisation du numérique : un enjeu de société

Il devient plus que nécessaire de tendre vers un équilibre hommes-femmes, au sein de la société bien évidemment, mais aussi plus spécifiquement dans le secteur de l’informatique. L’heure du monde numérique a sonné et les métiers liés à l’informatique constitueront la majorité des métiers de demain. Afin de ne pas évincer les femmes du milieu professionnel, il est donc urgent de les intégrer très rapidement dans ce secteur en pleine expansion et qui va structurer le futur de la société. Il existe ainsi un réel enjeu économique dans la question de la féminisation du numérique : un rééquilibrage permettrait une hausse du PNB de l’Union européenne de 9 milliards d’euros par an et, selon une étude McKinsey datant de 2016, cela générerait plus de 200 milliards d’euros de PIB supplémentaire.

Par ailleurs, les femmes — constituant plus de la moitié de la population et donc des consommatrices et utilisatrices — se devraient d’être à la base de la réflexion et de la conception des technologies de demain. « Intelligence artificielle, data, IoT, chatbots… Pour l’ensemble de ces technos et outils, ce sont autant de services adressés aux consommateurs, pour toute la société, qui sont et seront élaborés, analysés, quasiment exclusivement par une partie restreinte de la population : le genre masculin, de peau blanche » souligne très justement Fabienne Billat, fondatrice de la délégation Femmes du Numérique pour le Syntec Numérique à Lyon. La place des femmes dans ce milieu est donc non seulement légitime, mais indispensable.

 

Tendances de féminisation du numérique

S’il est vrai que la tendance ne favorise pas les femmes au sein du domaine de l’informatique, il n’en reste pas moins que nombre d’écoles d’informatique et d’entreprises déplorent ce constat. Certaines vont même jusqu’à cibler davantage les femmes avec des annonces de postes à pourvoir au féminin pour tenter d’attirer les femmes.

De nombreuses associations se mobilisent pour essayer d’enrayer la tendance et motiver les femmes à se tourner vers les métiers du numérique, pas seulement aux postes techniques, mais également dans les postes clés et décisionnaires. On peut notamment citer parmi elles Digital Ladies & Allies, StartHer, Girls in Tech, et bien d’autres encore, qui remettent en cause et déplorent le manque de mixité dans le monde du numérique.

 

La volonté politique est bel et bien présente, mais la parité n’est pas encore d’actualité. Alors, ensemble, créons une tendance d’inclusion pour façonner le monde de demain.