Cloud européen : les projets Gaia-X et Euclidia peuvent-ils préserver la souveraineté du Vieux Continent sur ses données ? 

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A l’heure du Big Data, les flux de données deviennent un enjeu de souveraineté crucial pour les Etats. Le marché du cloud informatique, avec son architecture décentralisée, est dominé par les Américains et les Chinois, mais les Européens commencent à faire entendre leurs voix. Les formations de l’Afti-Numérique, membre du groupe Aforp vous apportent le savoir nécessaire pour répondre à ces nouvelles problématiques. Divers cursus en alternance vous sont proposés :

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Des milliards de données dans le « nuage »

Le cloud, nuage en français, fait référence aux capacités informatiques obtenues en ligne grâce à des serveurs répartis partout dans le monde et liés entre eux par un réseau. Le modèle du cloud a séduit parce qu’il permet de mutualiser l’infrastructure nécessaire au stockage des données tout en faisant bénéficier les entreprises de fonctionnalités et de logiciels performants et régulièrement actualisés. Des environnements de travail comme Office 365 et Slack ou des applications de marketing et de gestion comme Salesforce sont des exemples d’environnement de travail accessibles partout dans le monde et pourtant hébergés sur des serveurs distants.

Les flux de données se sont massifiés ces dernières années, bénéficiant de l’apparition de nouvelles technologies et des usages croissants des réseaux sociaux. Ce nouvel écosystème du « Big Data » se caractérise, selon la CNIL, par son volume, sa vélocité et sa variété. Que l’on parle de cloud computing ou de Big Data, les enjeux de souveraineté pour les pays sont réels.

La souveraineté de lEurope est-elle menacée par les géants américains ?

Depuis le scandale de Cambridge Analytica, cette agence d’influence qui avait siphonné les données de millions d’utilisateurs de Facebook via une application tierce pour peser dans la campagne présidentielle américaine, la question de la protection des données est devenue une priorité qui a mis les GAFAM dans le viseur des autorités. En effet, à part le chinois Alibaba Cloud Service, les « hyperscalers » qui dominent le cloud dans ses trois composantes principales (IaaS, PaaS et SaaS) ont des noms bien connus du grand public : Amazon Web Service (AWS), Microsoft Azure ou Google Cloud Platform.

L’hébergement des données de santé des Français collectées sur le Health Data Club par Microsoft Azure a soulevé récemment la question de la souveraineté sur ces données face à l’extraterritorialité du droit américain. En effet, aux Etats-Unis, le Cloud Act, voté en 2018, autorise les renseignements américains à accéder à des données stockées par des opérateurs américains en cas de suspicion de crime ou de menace terroriste.

Pas de quoi inquiéter Doctolib ou Airbus pour autant : ces derniers ont pris soin de chiffrer leurs données avant de les confier à Amazon, qui, elle, n’est pas autorisée à posséder la clef pour les déchiffrer.

Gaia-X et Euclidia : deux convictions différentes mais une même ambition

Il n’empêche que les acteurs européens ont décidé de réagir en lançant, en juin 2020, le projet « Gaia-X », un écosystème cloud européen connectant entre elles les infrastructures déjà existantes de hubs nationaux.  Plus de 200 entreprises européennes se sont jointes à ce programme, parmi lesquels la France compte OVH, récemment côté en Bourse, à hauteur de 3.5 milliards d’euros. Seules peuvent participer au conseil d’administration les entreprises dont le siège social est domicilié en Europe et qui s’engagent à accepter le principe de réversibilité des données (pour qu’elles puissent migrer d’un cloud à l’autre), ainsi qu’à révéler où sont stockées les données.

Mais Gaia-X fait débat : la présence des GAFAM dans le consortium d’entreprises assise autour de la table de discussion laisse présager l’avènement d’une relation de complémentarité, dans laquelle l’Europe fournirait, par exemple, les infrastructures, et Google ou Amazon les logiciels, et non une véritable rupture souverainiste. En réaction, 23 entreprises françaises ont lancé, en juillet 2021, « Euclidia », un projet concurrent qui souhaite être en mesure d’être totalement autonome vis-à-vis des GAFAM.

Reste que pour éviter le phénomène du « vendor-lock in » et assurer un minimum de cohérence sur le marché, les Européens devront s’adapter aux standards définis par des années de domination américaine et chinoise…pas si facile de s’émanciper des GAFAM !